Lopez en état de grâce
Journée magnifique pour le sabre masculin. Malgré une seule médaille d'argent remportée par le Tarbais Nicolas Lopez et une quatrième place du natif Strasbourgeois Julien Pillet, l'escrime tricolore sort de cette compétition confiante pour l'épreuve par équipe.
Aujourd'hui c'était la journée des exploits pour Nicolas Lopez. Ce jour ou rien ni personne ne peut arrêter un athlète qui a le physique, la technique et le mental pour aller décrocher l'impossible. C'est un peu ce que ce sabreur de 28 ans a vécu aujourd'hui dans cette épreuve olympique de sabre masculin. Entamant la compétition dans le plus total anonymat du tableau de 64, il a ensuite su trouver les ressources nécessaires pour créer la sensation de donner une historique leçon d'escrime au légendaire sabreur russe Podznyakov, quintuple champion du monde. Une magnifique victoire après un match d'anthologie. Cette victoire a permis au français d'acquérir une confiance en soi digne des plus grands. Tour après tour il est apparu de plus en plus fort. Plusieurs fois mené il a toujours su remonter au score et s'imposer. Quelques prouesses techniques plus tard, le voilà en demi-finale aux cotés du Roumain Mihai Covaliu. Il dispute un match sérieux et très propre. Il parvient de justesse à recoller au score (9-9) et inscrit 6 touches consécutives qui assomment littéralement son adversaire. Il s'impose finalement 15 à 13 et gagne ainsi son précieux billet pour une finale olympique qui tient toutes ses promesses.
Nicolas Lopez rejoint le Chinois Man Zhong en finale, celui-ci entraîné par Christian Bauer ancien coach du français. Cette rencontre est dès le départ extrêmement disputée. Chaque touche est une prouesse physique et technique mêlant esthétisme et efficacité. Sur la piste les deux sabreurs ne parviennent pas à se départager facilement. Et puis Nicolas prend légèrement le large, ayant jusqu'à deux touches d'avances sur son adversaire. A la pause il mène 9 à 8. Le clan tricolore présent dans les tribunes exulte, on entrevoit une certaine euphorie dans les yeux des supporters français, parmi lesquels étaient présents Fabrice Jeannet, Astrid Guyart ou encore Anne Lise Touya. En voyant la suite des évènements on peut considérer cette euphorie générale comme légèrement prématurée. En effet le Chinois profite de quelques attaques hésitantes du français pour revenir. Le scénario tourne à la catastrophe pour Lopez qui ne parvient plus à inscrire aucune touche. Après être parvenu à réaliser une série de sept touches d'affilée, Zhong s'offre un titre olympique mérité au vue de la rencontre. Le français tente de revenir sur sa défaite. "Peut-être qu'il avait plus envie que moi. Je pense aussi que j'ai manqué d'adaptation tactique. Il était fort en défense et chiant en attaque. Sur la fin, je manquais également de peps en attaque. Il fallait un vainqueur et un vaincu : c'est moi le vaincu."
Quelques minutes auparavant, un autre français, Julien Pillet avait disputé la petite finale dans le but de décrocher la médaille de Bronze. Opposé lui aussi à Covaliu, il n'est, pour sa part, pas parvenu à tirer profit de cette rencontre en s'inclinant 15 touches à 11. Lui aussi avait réalisé un début de tournoi olympique quasi-parfait enchaînant de belles victoires et impressionnantes remontées au score. Avec Nicolas ils s'étaient même pris à rêver à une finale franco-française. Mais Julien n'a pas eu les jambes de le faire. Dans cette petite finale les deux tireurs étaient très fatigués, et leur jeu s'en est vite ressenti. C'est finalement le physique et la lucidité du Roumain qui ont pris le dessus.
Malgré ce deuxième échec d'un escrimeur français dans une finale des Jeux après celui de Jeannet à l'épée, ainsi qu'une quatrième place décevante de Pillet, l'entraîneur national du sabre, Maître Daurelle, ne cache pas sa satisfaction. En effet, aucun sabreur tricolore n'était monté sur un podium depuis Sydney et aucune performance individuelle marquante n'avait eu lieu ces dernières années. Le Tarbais, quand à lui, ne cache pas sa déception mais affiche tout de même un certain optimisme concernant sa performance. "Cette première médaille mondiale, c'est aux Jeux que je l'obtiens. C'est génial, quoi ! Après, j'aurai forcément des regrets de temps en temps car entre vice et champion, ce n'est pas la même chose. Quand on est sportif, on le sait très bien. Mais ça représente quinze ans à s'entraîner durement. J'espère que le travail se concrétisera encore mieux par équipes (ce dimanche)." On s'attend en effet à ce que les sabreurs rééditent leur exploit d'Athènes en s'offrant le titre olympique par équipe. Après les performances françaises d'aujourd'hui on a nos raisons d'espérer à une consécration collective.